12/08/2026
Aujourd'hui, l'État lance son vaste plan d'aide pour les agriculteurs (on a reçu un petit mail).
Celui-ci consiste à verser une aide pour compenser la hausse du coût des engrais azotés.
Le problème, c'est que ces engrais chimiques ne sont pas anodins.
Leur fabrication nécessite de synthétiser des molécules à environ 500 °C et sous une pression pouvant atteindre plusieurs centaines de bars. Ce procédé est extrêmement énergivore et repose encore très largement sur les énergies fossiles (99%).
La France ne produit qu'environ 30 % de ses besoins en engrais azotés. Le reste est importé d'Europe et de pays tiers.
Nous créons donc une dépendance à une industrie très énergivore, mais également à des chaînes d'approvisionnement internationales sur lesquelles nous avons peu de contrôle.
Et ce n'est pas sans conséquences environnementales.
Une partie de l'azote apporté aux cultures n'est pas absorbée par les plantes. Cet excédent peut alors se retrouver dans l'environnement.
Dans l'eau, il peut notamment se transformer en nitrates et contribuer au lessivage des sols ainsi qu'à la pollution des nappes phréatiques et des cours d'eau.
Dans l'atmosphère, les engrais azotés contribuent également aux émissions de gaz à effet de serre, aussi bien lors de leur fabrication que lors de leur utilisation.
Bref, on hallucine de voir que, dans la crise que nous vivons: une sécheresse importante doublée d'épisodes de canicule de plus en plus fréquents et intenses, la réponse du gouvernement consiste notamment à aider financièrement à l'achat d'un produit dont la fabrication est extrêmement énergivore, polluante et qui contribue lui-même au problème climatique.
Et surtout, cette aide ne bénéficie pas aux systèmes qui ont justement fait le choix de se passer des engrais azotés de synthèse.
L'agriculture biologique est exclue de ce dispositif, puisque les engrais minéraux azotés de synthèse ne font pas partie de son cahier des charges.
C'est pour le moins paradoxal.
D'un côté, on nous parle de souveraineté alimentaire, de transition écologique et d'adaptation au changement climatique.
De l'autre, on continue à soutenir financièrement un modèle agricole dépendant d'intrants industriels, d'énergies fossiles et d'importations.
Pourquoi ne pas utiliser davantage l'argent public pour aider les agriculteurs à réduire cette dépendance ?
Pourquoi ne pas accompagner ceux qui cherchent à produire avec moins d'engrais de synthèse, moins d'énergie fossile et davantage d'autonomie ?
Pourquoi ne pas investir dans les sols, les rotations, les légumineuses, la matière organique, la biodiversité et les pratiques qui permettent de réduire naturellement les besoins en intrants ?
Le problème n'est évidemment pas l'agriculteur qui achète de l'engrais.
Mais aider les agriculteurs ne devrait pas signifier simplement leur permettre de continuer à dépendre du même système.
Le gouvernement choisit l'agrobusiness, abandonne ses petits paysans et sacrifie l'environnement.
Et pendant ce temps, on demande à tout le monde de s'adapter au changement climatique.
Alors jusqu'où irons-nous ?
Combien de temps continuerons-nous à financer les conséquences plutôt que de nous attaquer aux causes ?
Changeons le système, pas le climat.