04/08/2026
Légumes, sourire et politesse
Et si vous connaissiez un peu le quotidien des commerçants que vous côtoyez sur les marchés ? Oui, je vous assure. Être commerçant sur les marchés hebdomadaires dans votre commune ou ponctuels à l’occasion de gros évènements est une vraie discipline. Pas de sot métier dit-on. Nous défendons tous cette position bien que régulièrement, nous les commerçants, sommes confrontés à une marque de déni concernant la valeur de notre activité.
Alors oui c’est vrai que de mon point de vue il y a commerçant et … commerçant. Il y a chasseur et chasseur, vous me comprenez. De la conception intégrale de son produit à la « simple » revente avec marge, les denrées que vous êtes susceptibles d’acheter subissent plus ou moins de transformation et passent par des intermédiaires plus ou moins nombreux. Mais n’est-ce pas l’apanage de tous les produits que vous consommez ? Un supermarché n’est-il pas le temple de l’achat-revente avec une marge distributeur confortable ? Le circuit court est le graal, avouons-le ! Il est aussi moins bénéfique à l’économie.
Après plusieurs mois d’une pratique assidue de conception et de vente, je dois vous faire une confession. C’est ma vision et elle n’engage que moi. Nous raisonnons de manière simple et notre cerveau est une machine qui transforme les signaux reçus (l’entrée) en impulsion-action (la sortie). Tout changement de signal fait travailler la machine et nous n’aimons pas consommer beaucoup de carburant pour ça. D’où l’importance des habitudes. Vous allez chez votre maraicher habituel sans questionner la valeur des produits que vous achetez. Nous préférons grossièrement l’habitude à la découverte et à la remise en question des choix passés. Nous privilégions les signaux positifs et nous évitons la moindre expérience désagréable ou plutôt la perspective d’y être confrontée. Nous sommes attirés par le beau, le coloré, et cela nous permet de faire fonctionner notre machine cognitive plus facilement et sans grand effort. L’attrape-touriste l’a évidemment bien compris. Belle et grande pancarte d’une célèbre appellation (exemple : nougat de Montélimar) avec un commerçant souriant et prétendument généreux. Si vous débranchez votre machine cognitive, ce que je vous souhaite vivement de réaliser pendant vos paisibles vacances, vous recevez des signaux agréables, vous les interprétez, vous passez à l’action en vous dirigeant au stand, vous achetez un produit (exemple : cette fameuse part de nougat de Montélimar à 70 euros le kilo) et partez avec le sourire… jusqu’à effectivement constater que le même produit coûte le tiers du produit en supermarché alors que celui-ci est passé par deux intermédiaires supplémentaires. Réception-interprétation-action !
Que serait un maraicher produisant les meilleurs légumes de la région sans une pincée de savoir-vivre et d’une fibre commerçante ? Achèteriez-vous lui ses légumes délicieux s’il ne mettait pas en avant le fruit de son travail en cagettes bien alignées, en vous affichant un visage fermé et vous manquant de respect à chaque instant ? Que se passerait-il si votre boucher était une véritable porte de prison ? Lui achèteriez-vous son magret ? Si oui alors félicitations, vous êtes probablement dénué de toute empathie, vous être probablement un robot et je vous offre une consultation gratuite chez le psychologue avec un pass VIP mention psychopathe.
Vous me direz que l’exemple est mal choisi. Je vous répondrai que j’ai volontairement étiré mon propos sur la palette de nos compétences. Ni tout blanc ni tout noir. Juste un peu de bon sens. L’art et la manière. Maitrise de la technique, beauté du geste.
Légumes, sourire et politesse.
L’inverse est d’ailleurs plus commun. Retenez l’exemple du nougat de Montélimar. On a aussi tous acheté ces magnifiques tomates en supermarché, bien rangées, rondes et rouges sans défauts qui ont la particularité ingénieuse d’être fades et de gommer tout plaisir à la dégustation. Ces belles tomates que nous achetons pour remplir un caddy et avoir l’illusion de rentrer les sacoches pleines de légumes alors que nous entassons, sans le savoir, des packs d’eau assorti de quelques pauvres nutriments. Même une bouteille de Volvic a plus de caractère que ses tomates cocktail créant frustration chez les uns et de belles vacances pour d’autres. Nous les achetons pour la beauté du geste, la brillance de l’emballage et le sourire de la caissière. L’achat est une expérience complète, du demi-tour de clé sur le contact à l’encaissement final.
A une prochaine pour quelques anecdotes ! Coeur sur vous. Et Merci au photographe pour la pose en action au marché de Brantôme !