Petite Histoire d’une grande moutarde…
Si l’histoire de cette moutarde commence à Lencloître, sa re-découverte débute à quelques kilomètres de là, au château de Saint-Bonnet; et plus exactement dans deux malles, oubliées dans le grenier de la propriété depuis plus d’un siècle. L’une des malles refermait un petit trésor: un ensemble de feuillets manuscrits ou sont décrits avec plus ou moins de pré
cisions les moutardes de Bordeaux, Saint-Maixent, Ruffec, Poitiers, Issoudun, etc… mais aussi et surtout la moutarde de Lencloître qui représente la plus grande partie du document. La recette, alors tenue secrète, aurait été inventée au XVIIIe siècle, par les sœurs apothicaires de la congrégation fontevriste de Lencloître. C’est une « moutarde de santé, bonne pour le corps et l’esprit», principalement composée de graines, d’herbes et d’épices locales ayant toutes des vertus digestives. La moutarde des sœurs tient aussi bonne place sur les tables l’hostellerie dépendant du couvent et elle acquiert bien vite une certaine notoriété auprès des pèlerins. La moutarde du couvent devient la moutarde de Lencloître…
Le 18 aout 1792, l’Assemblée Constituante promulgue le décret ordonnant la fermeture de tous les monastères et couvents de femmes. Le 29 septembre de la même année, les religieuses de Lencloître quittent définitivement leur prieuré, concluant ainsi près de 700 ans de vie religieuse ininterrompue. La sœur Marcelle Aimée de James, la dernière apothicaire de la communauté, se voit contrainte de louer une chambre chez un marchand du bourg pour une somme, écrit-elle «bien plus chère que ce que je puis payer». C’est alors qu’elle va troquer ses derniers mois de loyers contre les recettes de potions et préparations qu’elle détient. La recette de la « moutarde de santé » en fait partie…
Le bailleur décide alors de la fabriquer en quantité suffisante et de la commercialiser dans des petits pots de grès. Au milieu du XIXe siècle, François Naudin, cordonnier, moutardier et chansonnier à ses heures, en invente de multiples variantes. Ses recettes, que l’on pensait perdues, dormaient en fait depuis plus d’un siècle dans les greniers du château de Saint-Bonnet, situé à une encablure de la ville. Découvertes en 2019, deux années de recherches et d’expérimentations ont été nécessaires pour retrouver les proportions, souvent absentes du manuscrit original, afin que ses moutardes d’exception reviennent enfin sur nos tables !