Quatre ans plus t**d, le couple de Coréens francophiles revient s’installer juste en face le centre linguistique.
«Misso ». Pas besoin de maîtriser la langue de Molière, l'enseigne de leur échoppe parle pour eux. « Misso, ça veut dire "sourire" en coréen, explique Jae Ho dans un français encore un peu hésitant. C'est ma femme qui a choisi le nom, parce qu'elle sourit tout le temps. »
Il suffit d
e pousser la porte pour se rendre à l'évidence. Ici, au 92 de la rue du Maréchal-Lyautey, face au campus Lardy, il n'y a pas tromperie sur la marchandise. C'est bien un sourire, surtout celui de Suk Kyung, l'épouse de Jae Ho, qui accueille le chaland. Là où tout a basculé
Ici, ça fleure bon l'Asie : la Corée, le Japon… « et bientôt la Chine », promet le gérant. Pratiquement tout est écrit en idéogrammes. Quelques mots en français tentent une incursion ça et là. Avec quelques petites fautes d'orthographe qui font… sourire. Misso a ouvert ses portes le 19 novembre. L'épicerie n'occupe encore que la moitié du local. Dans les rayons, on trouve essentiellement du prêt-à-consommer : nouilles, préparations de sushi, soupes, sauces, conserves, thé, gâteaux salés et sucrés et même le traditionnel kimchi coréen, chou fermenté aux épices. « On a déjà beaucoup de clients, se réjouit Jae Ho, des stagiaires asiatiques du Cavilam mais pas seulement, on a aussi beaucoup d'étudiants de l'université. »
C'est tout sauf un hasard si Jae Ho et Suk Kyung se sont installés ici, face à la tour de Babel du Cavilam. C'est là que leur destin a basculé il y a quatre ans. Là qu'ils ont appris leurs tout premiers mots en français, noué leurs premiers liens amicaux avec des Français. Au mitan des années 2000, le couple vivait à Séoul, plutôt bien. Jusqu'au jour où Jae Ho, ingénieur informaticien, se retrouve sans emploi. Avec des perspectives bouchées : « Trop âgé ». Il se reconvertit épicier. Suk Kyung, elle, travaille dans un centre d'appels téléphoniques..
« La vie est difficile en Corée, déplore Jae Ho. On travaille beaucoup et tout est très cher. On avait du mal à payer les frais de scolarité de notre petite fille de 4 ans ». Ils approchent la quarantaine et le projet de refaire leur vie fait alors son chemin. C'est madame qui convainc monsieur de casser la tirelire et de tout quitter pour la France. « Plus jeune, j'ai étudié la cosmétologie et, pour moi, la France a toujours été la référence, un rêve. J'adore Sophie Marceau, j'ai vu La Boum vingt fois », se justifie-t-elle dans un grand éclat de rire. C'est ainsi que le couple et la petite Na Gyeong atterrissent à Vichy. « Le 18 février 2010 », se souvient Jae Ho. Après six mois de cours au Cavilam de Vichy, Jae Ho et Suk Kyung partent à Bordeaux pour suivre une formation de sommelier. Puis complètent leur apprentissage du français à la fac, entre deux petits boulots.
« On a la chance
de se voir tous les jours »
En juillet 2013, retour au Cavilam de Vichy. Pour encore six mois de formation. Avec, déjà, bien en tête, l'idée de poser enfin les valises et d'ouvrir une épicerie coréenne. Pourquoi Vichy ? « Parce que c'est là que tout a commencé et qu'on adore la ville », confesse Jae Ho. Leur projet professionnel a mis du temps à se concrétiser. « Ici, en France, tout est long, observe Jae Ho, les démarches administratives, les autorisations, les papiers… Pour internet, j'ai attendu un mois ». Mais il en faut plus pour leur faire perdre le sourire. « Aujourd'hui, on est très contents, s'enthousiasme Suk Kyung. Notre fille va à l'école juste à côté et on a la chance de se voir tous les trois, tous les jours. En Corée, à cause du travail, on ne se voyait jamais ». Et les projets ne manquent pas : « On voudrait agrandir la surface de vente, faire salon de thé à partir du printemps, proposer des plats faits maison à emporter… » Le tout avec le sourire, bien sûr.