11/02/2026
Mandat terminé, caisse vidée… et merci pour le service ?
Les Marocains ne sont pas assez naïfs pour applaudir le départ d’un chef de gouvernement sans lui demander le bilan de son mandat. À entendre certains, il faudrait dire merci, fermer les yeux et tourner la page. Pourtant, au regard des milliards dépensés et des dettes extérieures contractées, le minimum syndical serait un rapport clair, chiffré, assumé. Si le bilan est excellent, qu’on nous l’exhibe fièrement. S’il l’est moins, qu’on nous explique — calmement, factuellement — où est passé l’argent et pourquoi les promesses se sont évaporées plus vite que les discours de campagne.
Il est tout de même fascinant de voir avec quelle facilité certains responsables politiques traversent leurs mandats comme on traverse un hall d’aéroport VIP : entrée discrète, sortie protégée, aucun contrôle à la douane. Dans d’autres latitudes, rendre des comptes est une obligation démocratique. Chez nous, cela semble parfois relever de l’option facultative. L’immunité tacite devient un sport national, et la reddition des comptes un concept théorique qu’on ressort pour les conférences.
Une société qui se respecte ne déroule pas le tapis rouge à l’opacité. Elle exige un compte rendu, elle réclame des explications, elle impose la transparence. Sans cela, on balise le terrain pour les ambitions douteuses et les carrières politiques conçues comme des plans d’enrichissement accéléré. La reddition des comptes n’est pas un luxe, c’est un garde-fou. Et un pays qui renonce à demander des comptes signe, en silence, un chèque en blanc sur son propre avenir.